lundi 7 septembre 2015

What about [...] Délivrances [...] Toni Morrison

 

Toni Morrison, Délivrances, Christian Bourgeois, 197 p.

Résumé :

 

Dans son onzième roman, qui se déroule à l'époque actuelle, Toni Morrison décrit sans concession des personnages longtemps prisonniers de leurs souvenirs et de leurs traumatismes.

Au centre du récit, une jeune femme qui se fait appeler Bride. La noirceur de sa peau lui confère une beauté hors norme. Au fil des ans et des rencontres, elle connaît doutes, succès et atermoiements. Mais une fois délivrée du mensonge - à autrui ou à elle-même - et du fardeau de l'humiliation, elle saura, comme les autres, se reconstruire et envisager l'avenir avec sérénité.

Mon avis :

 

Un autre roman de la rentrée littéraire 2015 au programme, donc. Je dois dire qu'il est difficile de décrire l'impression que m'a laissé cette lecture. Le texte et les sujets qu'évoque Toni Morrison ne sont pas de ceux qu'on oublie aussitôt  cette dernière achevée.

Une chose est sûre, cette lecture marquera mon esprit pendant encore quelques temps. Toni Morrison évoque le racisme américain, l'impact que peuvent avoir, en grandissant, les mensonges vécus durant l'enfance, l'instabilité de la vie, les conséquences d'une rupture sentimentale,  mais aussi la trahison, la douleur. Tellement de sentiments négatifs qu'elle arrive à mêler entre eux pour ne former qu'un maelstrom d'émotions qui viennent bouleverser et mettre à mal le pauvre le lecteur.

Cette manière qu'elle a de jeter des mots bruts, sur les émotions qu'elle décrit, de but en blanc, m'a littéralement écorchée. J'en suis encore abasourdie.

L'auteure jongle avec les différents points de vues de ses protagonistes. Nous vivons les événements tantôt à travers les yeux de Bride notre héroïne principale, tantôt à travers ceux de Sweetness sa mère ou bien encore à travers ceux de son amie, Brooklyn. J'ai trouvé ça très habile car ça permet au lecteur de se faire sa propre idée concernant les divers événements qui surviennent tout au long du récit. Un exemple, un seul. Bride, à qui tout réussit (uniquement en apparence, comme pour beaucoup de personnes dans la vie), est persuadée d'être entourée de la meilleure amie qui soit, Brooklyn. Puis, le chapitre suivant, l'écrivaine nous plonge dans l'esprit de Brooklyn, et démonte l'image de la supercopine que croit posséder Bride. Toni Morrison attire le lecteur et le place tel un confident au cœur même des pensés les plus intimes des divers protagonistes.

Au début de ma lecture, je me suis sentie perdue devant l'afflux d'informations que nous balance l'auteur. Un échec sentimental. Une rupture. Un billet d'avion. L'évocation d'un voyage. Une prison. Puis Sofia. Mais ce qu'on s’apprête à découvrir dans ce texte c'est que tout est lié. Tout nous apparait de plus en plus clairement au fil de notre lecture.  D'abord, on ressent de la pitié et de la compassion pour ce qu'a subi Bride. Puis peu à peu, Toni Morrison nous présente une nouvelle facette de l'héroïne beaucoup plus égoïste et égocentrique. L'auteur malmène notre compassion et nous propose ici une héroïne qui n'est ni toute blanche, ni toute noire. Bride est diablement humaine, avec ses nombreux défauts et ses quelques qualités.

Plus sérieusement, ce roman dénonce les silences et les non-dits qui peuplent certaines enfances. L'auteur nous montre comment certains secrets peuvent littéralement briser une vie. Comment les non-dits et les mensonges se répercutent et entravent les bases solides qui permettent à un enfant de s'épanouir en grandissant. Finalement, Bride m'évoque un édifice brinquebalant, dont les fondations ne sont constituées que de mensonges et de non dits. J'ai eu l'impression qu'elle pouvait craquer à tout moment. Que la moindre turbulence risquait de la détruire. La faute à qui ? A quoi ? Il faut lire ce roman pour le découvrir.

Plus joyeusement, cette lecture nous ouvre également la voie de la Rédemption, avec un grand "R". Le dernier chapitre est un pur délice, un soulagement. Une éclaircie après la tempête. Il m'a permis de reprendre mon souffle.

Le message d'espoir véhiculé dans ce roman est tout aussi fort que la dureté des sujets évoqués par l'auteur.
 

Ma lecture en un GIF : 

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